L' art en partage citoyen

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ALTER - Arts/Langages : Transitions et Relations

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Directrice : Hélène LAPLACE-CLAVERIE

helene.laplace-claverie @ univ-pau.fr     

 

Secrétariat : 05.59.40.73.76

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Ingénieur d'études : 05.40.17.52.88

Anne-Claire Cauhapé (ac.cauhape @ univ-pau.fr)

             

Appui à la Politique de Recherche : 05.59.40.72.36

Marie-Manuelle Marcos (marie-manuelle.marcos @ univ-pau.fr)

 

 

 

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Laboratoire ALTER

Université de Pau et des Pays de l'Adour
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L'art en partage citoyen Fédération de recherche Espaces – Frontières – Métissages Laboratoires ALTER et ITEM

Argumentaire

Depuis le début du xxie siècle, les mouvements citoyens essaiment sur le territoire, en dehors des institutions, dans les milieux non seulement politiques mais aussi associatifs, culturels et artistiques. À la crise contemporaine de la démocratie représentative semble répondre un intérêt renouvelé pour la « citoyenneté ordinaire »[1] qui entend redonner un sens à la notion de « vivre ensemble ». En témoignent, par exemple, le mouvement citoyen 15 M des Indignés qui dénonce, en Espagne et en Europe, le renoncement de la classe politique à défendre les idéaux des droits de l’homme ou, en France, le réseau de « l’Archipel citoyen », orienté vers des initiatives locales. Autant de facettes d’un phénomène qui prétend révéler les capacités des individus à s’autodéterminer, à formuler des jugements sur le bien commun et à proposer d’autres manières de faire société, en marge des usages et des lieux labellisés.

Les expérimentations relevant de ce que l’on nomme « art citoyen » sont l’une des manifestations de ce mouvement. Elles se développent au niveau local mais apparaissent dans le monde entier. Ainsi, le collectif madrilène « Boa mistura », engagé dans une démarche politique tout autant que poétique, parcourt la planète avec la volonté de revigorer les consciences des quartiers défavorisés ; l’artiste brésilien Vik Muniz réalise un projet participatif au cœur de la décharge Jardim Gramacho dans les faubourgs de Rio (2010-2013) ; Thomas Hirschhorn, en 2014, crée au Palais de Tokyo les conditions de constitution d’un espace commun de pensée et de débat qui prend la forme d’un occupy artistique (Flamme éternelle). « Citoyens » sont des festivals, des séries documentaires, des projets participatifs axés sur de thématiques sociétales, des protocoles artistiques (celui des « Nouveaux Commanditaires ») ou des programmes portés par des Fondations, tel l’axe stratégique « Art citoyen » de la Fondation Carasso, qui met l’art au cœur des enjeux de la vie citoyenne en France et en Espagne.

Si la citoyenneté démocratique se matérialise dans des pratiques par lesquelles individus et groupes revendiquent de nouveaux droits, qu’en est-il de cet « art citoyen » ? Comment se définit-il ? Tout « art participatif » est-il « art citoyen » et, inversement, tout art citoyen appelle-t-il la participation active de son public ? Doit-on chercher ses caractéristiques du côté des thèmes investis, des acteurs engagés dans le processus créatif, des pratiques et des procédures expérimentées ou dans la conjonction de ces diverses circonstances ?

Faut-il appréhender l’art citoyen dans la perspective proposée par Joëlle Zask (Art et démocratie, 2003 ; Participer : Essai sur les formes démocratiques de la participation, 2011), qui suggère un éclairage réciproque entre les pratiques artistiques et les valeurs d’une vie démocratique dans la mesure où il s’agit,  dans les deux cas, de favoriser l’individuation et la créativité personnelle, véritables conditions d’accès à l’existence et à la liberté ? Si l’art citoyen a pour fonction d’élever des revendications particulières au commun, de donner aux minorités un lieu et une visibilité dans l’espace public, il exige une interaction, une appropriation singulière et active de chacun. Plus qu’un produit fini, l’œuvre d’art deviendrait le symbole d’une communauté qui se crée et se transforme au fil des circonstances. Le processus n’est pas sans rappeler le régime esthétique des arts promu par Jacques Rancière, « ce système d’évidences sensibles qui donne à voir en même temps l’existence d’un commun et les découpages qui y définissent les places et les parts respectives » (Le Partage du sensible, Esthétique et politique, 2000, p. 12).  

Dire que l’œuvre transforme la société, ce n’est pas dire qu’elle agit comme un message de propagande, mais que sa production modifie les publics en les associant à un processus de réalisation qui vise à bousculer les logiques convenues, à redéfinir les places et les positions. Telles sont les mutations et les déplacements critiques que nous proposons d’étudier au travers d’un examen de la notion même d’art citoyen et de l’analyse concrète de propositions et de réalisations qui s’en réclament.

  • Dans quelle mesure les pratiques se définissant comme citoyennes parviennent-elles réellement à redessiner les partages, non seulement artistiques et esthétiques mais aussi sociaux et politiques ?
  • Comment l’artiste se définit-il dans ces circonstances : animateur, médiateur, passeur, porte-voix ? Et le public appelé à participer est-il collaborateur, co-auteur, ou bien le matériau même d’un projet collectif dont les caractéristiques et finalités semblent bien loin des déterminations usuelles de l’œuvre d’art ?
  • Au-delà des intentions affichées, quel est l’impact de ces processus de création artistique, de ce « faire œuvre » au cœur de la société ? Selon quels critères peut-on évaluer les variations opérées et les modifications provoquées ? Les regards croisés sur des projets spécifiques – entre la France et l’Espagne par exemple – permettent-ils de considérer les variantes territoriales comme l’un de ces critères pertinents ?

Cet ensemble de questions appelle des approches méthodologiques multiples et des compétences disciplinaires variées. Les points de vue d’historiens et de théoriciens de l’art, de philosophes, de sociologues, de juristes et de spécialistes de science politique, mais aussi d’artistes, de responsables d’institutions culturelles et de travailleurs sociaux, seront précieux pour comprendre ce qui se joue dans les pratiques artistiques dites citoyennes et pour les référer plus largement à des situations politiques et sociales en plein devenir et donc incomplètement pensées.

Objectifs spécifiques

  • Saisir la participation citoyenne par-delà les dispositifs qui lui sont institutionnellement alloués, en faisant avec Jacques Ion (L’engagement au pluriel, 2001) l’hypothèse que la démocratie peut se manifester en dehors des lieux patentés de l’exercice politique.
  • Appréhender les formes et les pratiques d’art citoyen et d’art participatif à partir de témoignages et d’expériences concrètes, menées notamment en France et en Espagne.
  • Analyser la dimension éthique de l’art citoyen à travers les aspirations qu’il porte, les partages qu’il génère et les transformations qu’il produit sur chacun de ses acteurs.

Projet porté par Pascale Peyraga (ALTER), Professeure en études ibériques et par Sabine Forero Mendoza (ITEM), Professeure d’esthétique et d’histoire de l’art contemporain, université de Pau et des Pays de l’Adour.

pascale.peyraga @ univ-pau.fr

sabine.forero-mendoza @ univ-pau.fr

[1] Marion Carrel et Catherine Neveu (dirs.), Citoyennetés ordinaires : pour une approche renouvelée des pratiques citoyennes, Paris, Karthala, 2014, 328 p.

 

Actualités du projet : Cycle de conférences les jeudi 12 décembre 2019 et vendredi 9 janvier 2020

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