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Laboratoire de recherche ALTER
Arts/Langages : Transitions & Relations - UR 7504
Collège Sciences Sociales et Humanités
Université de Pau et des Pays de l'Adour
Avenue du Doyen Poplawski
BP 1160
64013 Pau Cedex

TERRAC Terres d’accueil : Littératures plurilingues en France et en Allemagne

Si l’on cherche à définir ce qu’est la littérature plurilingue, on pourrait être tenté de dire qu’elle est rédigée par des auteurs écrivant dans plus d’une langue. Il suffit cependant de regarder de près certains auteurs bien connus comme Beckett, Nabokov, Milan Kundera ou plus actuellement Andreï Makine, Nancy Huston ou Anne Weber pour réaliser qu’il n’est pas aisé de trouver une réponse concluante. En effet, il apparaît que pratiquement chaque cas constitue une approche ou une manifestation différente du plurilinguisme littéraire.

Pendant des siècles, écrire dans une langue autre que la langue « maternelle » était plutôt la règle que l’exception. Le latin servait, certes, principalement à consigner des actes juridiques ou à exprimer des pensées d’ordre religieux, philosophique, scientifique et autres. Cependant, il suffit de penser aux « trois couronnes » de la littérature italienne, Dante, Pétrarque et Boccace, pour constater que le plurilinguisme littéraire est un phénomène ancien.

Joachim Du Bellay fut l’auteur de l’un des manifestes les plus emblématiques pour lutter en faveur de l’utilisation de la langue vernaculaire, mais cela ne l’a pas empêché de composer un nombre considérable de vers latins. Plus tard, le français est devenu la lingua franca de la noblesse européenne. À titre d’illustration, Frédéric II de Prusse a réalisé une œuvre monumentale de trente volumes in-folio et de quarante-six volumes de correspondance politique, dans lesquels l’allemand est pratiquement absent (https://friedrich.uni-trier.de/fr/), et il ne manquait pas de faire montre d’une certaine fierté quant à la pauvreté de son expression allemande, langue qu’il affirmait parler très mal, « comme un cocher » (Petersilka 2005[1], 1). Néanmoins, il a fallu attendre le xxie siècle, avant que son bilinguisme ne devînt un sujet d’étude sérieux.

Il s’agit en effet d’un domaine de recherche relativement récent et en pleine expansion ; les travaux ont engendré divers concepts et dénominations (que nous aborderons infra) et s’inscrivent bien entendu dans le cadre des études postcoloniales et des migrations.

L’objectif des recherches à mener dans le cadre du projet TERRAC est triple :

  • Mettre à l’épreuve le concept de ce que nous considérons comme littérature plurilingue (ébauché infra comme hypothèse de travail), fournissant ainsi une vue globale des théories et approches existantes dans le domaine.
  •  Produire un panorama aussi systématique que possible des différentes formes d’une écriture dans une langue autre que la langue première. Dans la mesure où celles-ci sont exprimées dans les textes, il s’agira d’examiner également les motivations qui ont engendrées les migrations, ainsi que la mise en scène de la langue, dans le but d’élaborer d’une typologie d’écriture littéraire plurilingue sur la base des cas étudiés. Les raisons qui ont mené à la migration ou à l’exil seront également prises en compte dans le cadre de l’élaboration de sociobiographies linguistiques.
  • Analyser et rendre compte de la réception des textes plurilingues, afin de pouvoir évaluer dans quelle mesure cette réception correspond à celle des littératures « nationales » – ou plus précisément celle des œuvres écrites en langue « maternelle » – ou s’il existe une sensibilité spécifique face aux œuvres d’écrivains et d’écrivaines plurilingues, facilitant leur réception, représentant au contraire un obstacle, ou tout simplement en la différenciant.

 

2 Petersilka (2005) constate la préférence parfaite et ostentatoire de Frédéric II pour le français (« Friedrichs vollkommene, ostentative Bevorzugung des Französischen », 48), et rappelle que les lettres adressées par le Dauphin à son père figurent parmi les rares missives rédigées en allemand (49).