Séminaire “Narrer la biodiversité” séance 1Campus de Pau, bât. Lettres, salle 318 et en visio
Le 5 févr. 2026 de 16h00 à 18h30
▶ « Dire ou laisser se dire la bio-sémio-diversité ? »
Bertrand Guest, chercheur en littérature comparée (Université d’Angers)
Au fil de quelques textes fournis pour l’occasion, il s’agira de questionner l’une des possibilités d’articuler, à l’heure de la 6eextinction de masse, la biodiversité et les moyens d’en rendre compte par le langage. S’agissant de narrer l’infinie variété des espèces, une voie consisterait, plutôt qu’à la raconter, à la dire voire à la laisser se dire, hors des poétiques de la représentation (mimesis), ce qui inclut des formes littéraires non strictement narratives, telles que la poésie, l’essai ou la relation viatique, aux confins d’un « art perdu de la description » (Romain Bertrand). Plutôt que de prendre la parole pour les vivants, composant la « biodiversité », faut-il absolument abandonner l’hypothèse de nous mettre à écouter ce que ces vivants, cette biodiversité, diraient d’eux-mêmes, d’elle-même ? Ne faudrait-il pas dès lors recréditer certaines formes d’anthropomorphisme raisonné, justement afin de sortir de l’anthropocentrisme consistant à réserver censément à l’homme (anthropos), des capacités à faire signe (semiosis) ?
▶ « Quantofrénie et production d’ignorance dans les savoirs sur la biodiversité : le rôle épistémique des récits »
Solange Haas, épistémologue (Université de Pau et des Pays de l’Adour)
Expression d’une diversité biologique en crise, la biodiversité doit répondre à l’enjeu politique de sa conservation (Casetta & Delord, 2014). Dans ce contexte, une partie des efforts des écologues est de mesurer la biodiversité à ses différents niveaux d’intégration et échelles spatio-temporelles. Cependant, nous nous efforcerons de montrer que la réduction de la biodiversité à des représentations quantifiées peut être décrite comme « quantofrénique » (Desrosières, 1993 ; Porter, 1995), et a pour conséquence l’émergence d’une forme d’ignorance scientifique où la biodiversité apparaît comme un problème exclusivement technique. L’ignorance étant selon nous garante de l’ambiguïté de l’avenir et de ses possibilités, nous chercherons à montrer en quoi les narratifs littéraires possèdent précisément les attributs pour investir cette ignorance et y développer une capacité négative (Keats, 1993).
Ce séminaire est organisé dans le cadre de la chaire Enjeux écopoétiques contemporains.
Contact : riccardo.barontini @ univ-pau.fr
