Séminaire “Narrer la biodiversité” séance 2Campus de Pau, bât. Lettres, salle 318 et en visio
Le 6 mars 2026 de 16h00 à 18h30
“Quand la biodiversité comptait : son, guerre et récits de l’extinction”
Ben De Bruyn (littérature anglophone, Univ. Louvain-la-Neuve)
Résumé : Dix ans après la publication de Imagining Extinction (2016) d’Ursula K. Heise, écrivain·es et chercheur·ses continuent d’examiner les significations culturelles de la biodiversité et de contextualiser des initiatives porteuses d’espoir telles que le projet international « 30 by 30 » et le Traité des Nations unies sur la haute mer. Tom Comitta et Adrienne Ghaly ont récemment attiré l’attention sur l’histoire de la perte de biodiversité inscrite dans les archives littéraires, tandis que Richard Powers et Karen Bakker ont mis en relation les angoisses liées à l’extinction avec l’essor des technologies d’IA générative.
Les auteur·es de fiction comme de non-fiction ont également redécrit la disparition des habitats et des espèces comme une crise d’extinction sensorielle. En effet, l’un des traits récurrents des récits de biodiversité est leur intérêt pour les paysages sonores et, plus largement, pour les sens, ainsi que leur capacité à nourrir une empathie interspécifique.
Pourtant, dix ans après la publication de l’étude influente de Heise, il apparaît aussi clairement que la perte de biodiversité n’est plus le thème central qu’elle a pu être. Les gouvernements abandonnent rapidement leurs plans antérieurs de protection des habitats — de manière alarmante —, et écrivain·es comme journalistes se tournent vers d’autres sujets, notamment l’IA et la résurgence des fascismes.
Après avoir passé en revue les travaux antérieurs consacrés aux récits de la biodiversité, cette présentation examine ainsi le roman salué par la critique Endling (2025) de Maria Reva, qui s’ouvre sur l’évocation d’escargots ukrainiens menacés d’extinction avant de se transformer soudainement en récit de l’invasion russe brutale de 2022. Que nous dit cette narration expérimentale sur l’avenir du vivant et sur l’allégorie environnementale aujourd’hui ? Comment le récit et la recherche culturelle doivent-ils répondre à un contexte dans lequel, malgré l’accélération de la crise des extinctions, la biodiversité ne semble plus compter ?
“Entre écologie et musique, les paysages sonores comme représentation du vivant”
Adèle de Baudouin (écoacoustique et composition, MNHN et Université d'Évry Paris-Saclay)
Résumé : Les paysages sonores sont actuellement gravement menacés par les activités humaines industrielles provoquant entre autres : extinction des espèces, perte des habitats, bruits d’origine anthropiques, réchauffement climatique. En plus de représenter une richesse patrimoniale et sonore, les paysages sonores sont nécessaires à la survie des espèces non-humaines et humaines. À partir de ce constat il semble urgent de mieux les comprendre et de (re)créer un rapport sensible à ces territoires sonores.
Nous tenterons dans un premier temps d’appréhender ces paysages sonores dits « naturels » au travers du regard scientifique, notamment celui développé en écoacoustique. Puis nous découvrirons une autre proposition, celle de la pratique de la prise de son audio-naturaliste et de la composition musicale. Au fil d’écoutes nous verrons comment le son peu devenir une entité de médiation entre les humain·es et les environnements, tout en questionnant le cadre socio-culturel dominant occidental au sein duquel il est souvent pensé.
Les présentations seront suivies d'un moment d’échanges et de discussion.