Littérature et Ruralité

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ALTER - Arts/Langages : Transitions et Relations

CONTACTS

Directrice : Hélène LAPLACE-CLAVERIE

helene.laplace-claverie @ univ-pau.fr     

 

Secrétariat : 05.59.40.73.76

Muriel Guyonneau

 

Ingénieur d'études : 05.40.17.52.88

Anne-Claire Cauhapé (ac.cauhape @ univ-pau.fr)

             

Appui à la Politique de Recherche : 05.59.40.72.36

Marie-Manuelle Marcos (marie-manuelle.marcos @ univ-pau.fr)

 

 

 

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Référentes pour ALTER :

Françoise Hapel

Laurence Roussillon-Constanty

 

 

 

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Laboratoire ALTER

Université de Pau et des Pays de l'Adour
Avenue du Doyen Poplawski
BP 1160
64013 Pau cedex

 

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Littérature et Ruralité I : mots et motifs

 

Ces colloques constituent un projet en deux temps qui a pour ambition de réfléchir à la place du monde rural et aux formes de sa représentation dans la littérature, de l’Antiquité à nos jours. Ils prennent acte à la fois du « tournant géographique (1 )» en sciences humaines dans les trente dernières années et du tournant environnemental, qui ont tous deux renouvelé l’intérêt pour les écrits « rustiques » (2). Ces mutations épistémologiques ont fait naître dans le champ de l’analyse littéraire des voies d’investigation nouvelles, qu’il s’agisse de la géocritique (qui analyse les représentations et les significations de l’espace dans les textes) et de la géopoétique (centrée sur la mise en forme des rapports entre la création littéraire et l’espace (3), ou, plus récemment, de la zoopoétique (4) et de l’écopoétique (5).

Le rural a l’avantage de ne convoquer ni des genres littéraires existants (à la différence du pastoral) ni un référent trop précis (le terme de « campagne » pointe déjà vers la nature et le paysage naturel) mais un milieu (historique et en évolution), des communautés humaines et des activités. En sciences humaines, la ruralité est un concept à la croisée de la géographie, de l’histoire et de la sociologie. Les études rurales se développent dans l’entre- deux-guerres à partir des géographes héritiers des travaux de Vidal de La Blache et des historiens des Annales. La notion de ruralité devient centrale dans les années 1960 avec la création de la revue Études rurales à l’EHESS, au moment précisément où la vie paysanne traditionnelle est en plein bouleversement. Elle n’est donc pas simplement un thème mais un point de vue sur le monde, comme l’a montré le géographe et philosophe Augustin Berque6. À partir du défrichement des premières clairières au néolithique, le « rural » est constructeur du « sauvage ». Il peut donc se penser dans une articulation tripartite avec ce dernier terme et avec l’urbain. L’urbain, terme rare avant le XVIIIe siècle, configure autrement, à partir du XVIIIe siècle, les relations entre ville et campagne (7).  Les œuvres, dans leur relation à l’espace humain, n’ignorent pas ces distinctions. Mais si, dans la littérature française, la ville et son imaginaire sont très présents à la fois chez les écrivains et dans les discours critiques, le monde agricole est davantage en retrait.

 

Le premier colloque, à Pau, se placera au plan des mots et à l’intersection des textes littéraires et savants. Il s’intéressera aux ruralia, à ce qui donne existence au rural dans les textes : ses lieux, ses figures humaines et animales, ses travaux et ses jours. Même si l’adjectif rural apparaît en français dès le XIVe siècle, la ruralité est rarement identifiée sous ce nom dans les œuvres littéraires, en particulier lorsqu’elles sont anciennes et émanent de sociétés massivement rurales. Le cadre champêtre et l’existence du travail agricole peuvent alors demeurer de l’ordre de l’évidence et constituer une toile de fond silencieuse ou presque. Quels sont les indices paysagers, les types de personnages, les aliments, les arbres, les plantes les objets, les alliés ou les ennemis animaux, les gestes susceptibles d’évoquer la ruralité ? On s’interrogera sur la possibilité de délimiter un espace rural à partir des textes littéraires et de l’histoire des mots. Du côté de la terre, la campagne se situe d’abord dans l’horizon dégagé des plaines et des champs, sans que les montagnes et les littoraux en soient pour autant exclus. Selon les époques et les systèmes de représentation, l’espace rural peut s’opposer à d’autres espaces contigus comme la forêt, le jardin ou la ville, ou les inclure (8). Parmi les personnages qui l’habitent, on pense en premier lieu au paysan, l’homme rural par excellence. Mais les figures léguées par la tradition littéraire méritent d’être interrogées à nouveaux frais. Qu’ont par exemple de rural le vilain des récits médiévaux, le berger des traditions pastorales ou le hobereau de Flaubert et Maupassant ? S’ils peuvent avoir quelque chose à nous dire des réalités rurales de leur temps (9), ils campent souvent des stéréotypes qui nourrissent une veine comique et font d’eux des repoussoirs, des incarnations du non civilisé, du non lettré. Leurs travers ou les valeurs qu’ils incarnent ont-ils partie liée à leur ruralité ou montrent-ils à quel point ces personnages débordent le cadre rural auquel leur désignation semble les assigner ? La littérature a le pouvoir de mettre en scène une ruralité en trompe-l’œil, qui en dit plus long sur le regard de l’observateur que sur le monde des campagnes.

Les œuvres qui illustrent la parenté étymologique entre rustique et rustre sont nombreuses. Nous porterons une attention plus particulière aux textes qui donnent à lire une ruralité lettrée. Ainsi, la ruralité peut s’inscrire dans l’œuvre littéraire par le biais de la métaphore, par exemple celle de l’écrivain paysan, de l’auteur laboureur ou encore du poète animal lorsque celui-ci prend les traits d’une espèce qui incarne le travail de la terre, comme le bœuf de Rutebeuf ou le lombric de Jacques Roubaud. La rencontre lexicale entre littérature et ruralité s’accomplit aussi à travers les œuvres qui transmettent depuis l’Antiquité un savoir théorique et technique sur la terre et le travail agricole. Le savoir rural s’écrit depuis l’Antiquité dans des ouvrages didactiques, notamment dans les traités d’agriculture comme ceux de Columelle10, Palladius, Pierre de Crescens, Jean de Brie ou Olivier de Serres (11). L’histoire des termes employés pour dire les propriétés d’une terre, pour nommer ses fruits, les outils et les activités agricoles, nous permettra d’envisager la constitution d’une langue pour dire la ruralité en français. On explorera aussi la riche palette verbale par laquelle se pense, chez les auteurs comme chez les critiques, l’écriture de la campagne : littérature pastorale, bucolique, rustique, paysanne, de la terre ou du terroir, sans oublier des innovations poétiques comme les Champêtreries de Francis Jammes. La question de la définition et des contours de la ruralité dans les œuvres littéraires, de l’Antiquité à nos jours, sera ainsi posée à travers l’étude des dénominations et des motifs ruraux.

Ce colloque de printemps inclura donc le premier stade, lexicologique et encyclopédique, d’une réflexion d’ordre épistémologique : quelle forme prend le savoir de la ruralité dans la littérature au sens large et quelles productions écrites suscitent l’inscription de ce savoir ?

Il sera suivi d’un second volet, à Rennes, à l’automne (Littérature et ruralité II : voix et perspectives), consacré plus spécifiquement aux enjeux poétiques et idéologiques. D’un point de vue méthodologique, le premier colloque se concentre sur les mots de la ruralité en littérature. Le second se demandera plus largement, qui, depuis la tradition de la pastorale poétique et romanesque (12) jusqu’aux romans du terroir de la seconde moitié du XXe siècle et leur dépassement dans les « romans de la province » étudié par Sylvaine Coyault (13), en passant par les traités d’agronomie, les fabliaux du Moyen Âge (14), les « romans rustiques » du XIXe (15) et les « romans régionalistes » de l’entre-deux-guerres, écrit sur le monde rural et pourquoi ? Ce sont des valeurs culturelles et politiques qui entreront alors en jeu. En dehors de ces genres identifiés, d’autres écritures de la terre, plus marginales, sont sans doute repérables. Il conviendra également de réfléchir à la manière dont peut exister une écriture contemporaine de la ruralité alors même que la notion de ruralité correspond de moins en moins à la réalité des territoires et des sociétés. Et si aujourd’hui le « péri-urbain » intéresse l’agriculture ? Avant le développement du faubourg au XIXe siècle, quelle présence dans les textes pour cet espace en périphérie des villes dont Alain Rey écrit que les riches y construisent des maisons de « demi-campagne (17) ». C’est aussi de perception qu’il s’agira lors de cette deuxième session, et de la manière dont cette présence de la ruralité dans les œuvres écrites propose un « au-delà du paysage moderne » (Augustin Berque) conceptualisé à la fin de la Renaissance par la rationalité moderne autour du regard (18). Le développement des études sonores (sound studies (19) ) et les importants travaux réalisés par l’histoire et l’anthropologie sensorielles de Lucien Febvre à Alain Corbin (20) en France pourront constituer un appui bienvenu. Ces questions parmi d’autres feront l’objet de cette deuxième session.

Les propositions de communication sont à envoyer aux deux adresses ci-dessous avant le 15 juin 2021 pour les deux colloques afin de permettre l’harmonisation des interventions et l’organisation conjointe des deux événements.

Ces deux colloques sont organisés dans le cadre du projet pluri-annuel "Littérature et Ruralité" , financé par la Communauté d'agglomération Pau Pyrénées. 

 

Organisation et contacts

Cécile Rochelois (Université de Pau et des Pays de l’Adour, ALTER) et Dominique

Vaugeois (Université Rennes 2, CELLAM)

cecile.rochelois@univ-pau.fr                                             (cecile.rochelois @ univ-pau.fr)dominique.vaugeois@univ-rennes2 (dominique.vaugeois @ univ-rennes).fr

 

1  L’expression est empruntée à Marcel Gauchet par Michel Collot (M. Collot, Pour une géographie littéraire, Paris, José Corti, 2014, p. XX).

2  L’attention portée à ce corpus littéraire se marque dans des articles très pointus, comme celui de Juliette Anglade, Gilles Billen et Josette Garnier, « La Terre de Zola : une histoire biogéochimique de la Beauce au XIXe  siècle », publié dans la revue  Vertigo, revue en ligne des sciences de l’environnement, en 2015.(https://www.erudit.org/fr/revues/vertigo/2015-v15-n2-vertigo02433/1035833ar/) Des géographes comme Jean-Louis Tissier ont intégré encore plus étroitement la littérature à leurs travaux : « Les Vies minuscules de Pierre Michon ou l’assomption d’une ruralité en marge », Géographie et cultures, n° 87, 2013, p. 95-108.

3 Voir à ce propos, M. Collot, op. cit.

4  Le programme de recherche « Animots » dirigé par Anne Simon porte sur les bêtes et l’animalité dans la littérature des XXe-XXIe siècles et a été sélectionné en 2014 par l'Agence Nationale de la Recherche comme projet-phare en sciences humaines et sociales. Voir la présentation de la zoopoétique sur le site dédié :https://animots.hypotheses.org/zoopoetique

5 « Littérature et écologie : vers une écopoétique », dir. Nathalie Blanc, Denis Chartier, Thomas Pughe,Écologie et politique, 2008/2, n° 36.

6 Augustin Berque, « Le rural, le sauvage, l’urbain », Études rurales, 2012, n° 187, p. 51-61.

7 « Non, l’urbain n’appartient pas au même registre que la ville. Le mot “ville est chargé de ruralité, alors que celui d’“urbain” s’enorgueillit de son urbanité quelque peu autoproclamée. » (Thierry Paquot, « Poétique des à-côtés. Essai sur la “ville é-margente” », L’Urbain et ses imaginaire, dir. Patrick Baudry et Thierry Paquot, Pessac, Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine, coll. « Politiques urbaines », 2003).

8 Rappelons que le mot ville, dont est dérivé village, désigne d‘abord une ferme, comme son étymon latin villa.

9  Les historiens se tournent volontiers vers les sources littéraires pour étudier des aspects de la vie rurale peu documentés par ailleurs (voir par exemple D. Alexandre Bidon, M-T. Lorcin, Le Quotidien au temps des fabliaux, Picard (Espaces médiévaux), 2003 ou plus récemment La poule. Pratiques d’élevage et histoire culturelle (Moyen Âge-XXscle), Revue d’ethnoécologie [En ligne], 12 | 2017, mis en ligne le 18 décembre 2017, URL : http://journals.openedition.org/ethnoecologie/3246).

10 Des ressources sur la transmission des savoirs agricoles antiques sont disponibles dans l’exposition virtuelle ”Le Ménage des champs.  Du savoir  agricole antique aux livres d’agriculture de la Renaissance” (Bibliothèque Municipale de Lyon, dir. Maëlys Blandenet).

https://www.bm-lyon.fr/expositions-en-ligne/agriculture_antique_renaissance/exposition/transmettre-la-

transmission-du-savoir-agricole-antique/article/le-corpus-des-agronomes-antiques

11 Chantal Liaroutzos, « Le Théâtre d’agriculture : une rhétorique de l’espace rural », Autour d’Olivier de Serres. Pratiques agricoles et pensée agronomique, du Néolithique aux enjeux actuels. Actes du colloque international tenu au Pradel les 27, 28 et 29 septembre 2000, à l’occasion du quadricentenaire de la première édition du « Théâtre d’agriculture et mesnage des champs », dir. A. Belmont, Rennes, Association d’histoire des sociétés rurales – Presses Universitaires de Rennes, 2002, p. 307-319.

12 Jean-Louis Haquette, Échos d'Arcadie. Les transformations de la tradition littéraire pastorale des Lumières au romantisme, Paris, Classiques Garnier, « Perspectives comparatistes », 2009.

13 Sylviane Coyault, La Province en héritage. Pierre Michon, Pierre Bergounioux, Richard Millet, Genève, Droz, Voir aussi, pour la littérature contemporaine, l’ouvrage tout récent de Jean-Yves Laurichesse, Lignes de terre. Écrire le monde rural aujourd’hui, Classiques Garnier, 2020.

14  Alain Corbellari, Des fabliaux et des hommes. Narration brève et matérialisme au Moyen Âge, Genève, Droz (« PRF » 264), 2015.

15 Voir par exemple les nombreuses publications sur l’ethnographie poétique de Georges Sand dans les quinze dernières années : par exemple Simone Bernard-Griffiths, Essais sur l’imaginaire de George Sand, Paris, Classiques Garnier, 2018, Georges Sand, Terroir et histoire, dir. Noëlle Dauphin, PUR, 2006 ou encore l’ouvrage de l’historien Vincent Robert, La Petite-fille de la sorcière. Enquête sur la culture magique des campagnes au temps de George Sand, Les Belles-Lettres, 2015.

16  Frédéric Martin-Achard, “Des promenades dans cette épaisseur des choses reconstruites”. Introduction au récit périurbain (Bon, Rolin,Vasset) », Compar(a)ison, An International Journal of Comparative Literature, Bern, Peter Lang, n° 28, 2011, p. 5 à 27.

17 Alain Rey, « Les banlieues ouvrent le ban », Le Magazine littéraire, n° 427, Janvier 2004, p. 97.

18  Jean-François Augoyard, « La vue est est-elle souveraine dans l’esthétique paysagère », Le Débat, 1991/3 n° 65, p. 51-58. Ses travaux portent plus globalement sur l’environnement sonore urbain.

19 Voir le livre fondateur de Jonathan Sterne, Une histoire de la modernité sonore, traduit de l’anglais par Maxime Boidy, Paris, La Découverte/Philharmonie de Paris, coll. « La rue musicale : culture sonore », 2015.

20 Alain Corbin, Les Cloches de la terre, Paysage sonore et culture sensible dans les campagnes, Paris, Albin Michel, 1994 et Le Monde retrouvé de Louis-François Pinagot. Sur les traces d’un inconnu (1798-1876), Flammarion [1998], « Champs histoire », 2016.