Colloque "Créer le présent, imaginer l'avenir"

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ALTER - Arts/Langages : Transitions et Relations

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Directrice : Hélène LAPLACE-CLAVERIE

helene.laplace-claverie @ univ-pau.fr     

 

Secrétariat : 05.59.40.73.76

Muriel Guyonneau

 

Ingénieur d'études : 05.40.17.52.88

Anne-Claire Cauhapé (ac.cauhape @ univ-pau.fr)

             

Appui à la Politique de Recherche : 05.59.40.72.36

Marie-Manuelle Marcos (marie-manuelle.marcos @ univ-pau.fr)

 

 

 

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Référentes pour ALTER :

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Laboratoire ALTER

Université de Pau et des Pays de l'Adour
Avenue du Doyen Poplawski
BP 1160
64013 Pau cedex

 

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Créer le présent, imaginer l’avenir : nouvelles dissidences po/éthiques de la littérature et de la philosophie contemporaines. Université de Pau et des Pays de l'Adour

Ce colloque s’inscrit dans un projet de coopération transfrontalière entre l’Université des Pays de l’Adour et l’Université de Saragosse Pyren E2S (« Habiter le monde, refaire un monde »), et bénéficie du soutien du Fond commun Nouvelle aquitaine/Aragon, ainsi que du projet de recherche espagnol «Racionalidad económica, ecología política y globalización: hacia una nueva racionalidad cosmopolita» (PID2019-109252RB-I00).  

 

Le présent au prisme de la pandémie de covid-19 : contours d’une communauté d’époque.

Cela a beaucoup été dit, la pandémie que nous traversons est sans doute, à bien des égards, un extraordinaire révélateur des faiblesses et des misères de nos sociétés européennes et mondialisées. Osons qu’elle figure également de manière plus radicale (et avec une force certaine) toute l’angoisse de notre temps, celle d’un présent forclos (« tout est pareil en pire », « demain sera pire qu’hier »), où le désastre en cours est désormais (aussi) rendu sensible dans les images des rues désertes, des agoras vidées de leurs forces vives, et des morts qui s’amoncellent, et finissent par faire partie du décor (« l’ordre ordinaire de la mort ordinaire », écrit J. Andras). On pourrait dire qu’on ne glisse plus à la surface des choses, et que, comme par un approfondissement du regard, ce qui se donne à ressentir dans ce moment si oppressant (et oppressif) de réclusion, d’égarements et de souffrances accrues, donne peut-être la mesure de l’épuisement et de l’asphyxie contemporaines. Deux métaphores qui ont ces derniers temps retrouvé une force sensible inouïe, et suffiraient presque à tracer les contours d’une sorte d’exigence commune de la pensée, ou d’une communauté d’époque, dans l’urgence et l’élan retrouvé « d’ouvrir et de déployer des possibilités de vie nouvelles » : ce qui est aussi le cœur du sursaut éthique tel que le définit Paul Audi (dans l’immanence absolue de la subjectivité) et qu’on retrouve au fondement de sa puissante « esth/éthique » de la création qui replace l’activité créatrice au centre de la vie, où doit se jouer l’accroissement de nos puissances d’agir. Un formidable enjeu éthique pour la philosophie et la littérature contemporaines dont le rapport au monde (et à l’agir) se pose et s’éprouve aujourd’hui dans des termes nouveaux, où de « nouvelles urgences catégoriques » (F. Lordon) imposent aussi des formes, des poétiques, des pensées et des propositions nouvelles : de nouvelles dissidences dont le présent appel se donne pour tâche d’explorer la puissance de questionnement, d’intervention et de reconfiguration utopique (ou hétérotopique) du partage du sensible.

 

No future. Quand Borges souligne la noirceur et la tristesse des récits d’anticipation de H.G. Wells ou de Ray Bradbury, c’est toujours pour signifier que ces mondes terrifiants sont déjà les nôtres (« les coupables, c’est toi et moi », écrit-il au sujet de Things to come), et que le présent préfigure toutes les prophéties les plus sombres des mondes à venir. Aujourd’hui, c’est bien ce sentiment d’une brutale rétractation du temps qui prédomine, « un avenir sans passé ni futur » (J.L. Nancy), comme celui qui accable les personnages des fictions borgésiennes, dans lequel rien ne semble plus devoir advenir, et qui confine les imaginaires dans l’étroitesse d’un présent frénétique ravagé par le mirage de l’innovation et de l’autoréalisation individuelle. S’il est vrai que l’espérance semble s’être rétractée dans un présent éternel, on sait en revanche que la catastrophe écologique s’accélère de manière effrayante, nous enjoignant de considérer la fin pure et simple de la vie humaine (ou d’une bonne partie de l’humanité) comme le nouvel horizon inéluctable de nos urgences chroniques (climatiques, chimiques, sanitaires). Il faudrait ainsi accepter d’apprendre à « vivre l’effondrement » qui vient, comme le suggèrent nombre de publications récentes[1], et mieux nous préparer pour la prochaine zoonose… Mais cela est-il à la mesure de ce que notre époque exige d’être et de (re)penser ? Et ne serions-nous pas en train d’accepter d’abandonner l’idée même d’une transformation collective et politico-sociale du monde ? La question de Michaël Foessel (Après l’apocalypse, 2019) est quasiment rhétorique, mais elle indique l’impérieuse nécessité de retrouver notre faculté de nous rapporter au monde, et construire la possibilité d’un futur. C’est aussi ce que suggère la philosophe Marina Garcés, qui insiste sur la nécessité d’ouvrir de nouveaux espaces pour la pensée. Un impératif éthique (et politique) qui suppose d’accepter de poser la question du développement humain dans lequel nous sommes pris, la domination sans partage d’une rationalité économique dont Jean Luc Nancy n’hésitait pas à pointer « le fondamentalisme » (celui « d’une loi supposée naturelle de production compétitive illimitée »), mais aussi l’ignominie et le déni d’humanité (Que faire ? , 2016 et La peau fragile du monde, 2020). Soulever à nouveau la question du sens de notre humanité (cette communauté séparée et affrontée que le philosophe n’eut de cesse de vouloir repenser contre sa « précipitation dans l’équivalence générale »), et s’atteler à l’invention de modèles conceptuels nouveaux, de récits (ou contre-récits) travaillant à faire advenir une ligne de fuite, telle est aujourd’hui l’exigence impérieuse de la pensée. Du côté de la philosophie, on assiste ainsi à un questionnement toujours plus intense du « partage donné du sensible » (J. Rancière) et des évidences dans lesquelles s’enracinent, par exemple, nos discours sur le changement et « l’agir climatique » (JB. Fressoz, F. Locher, J. Riechmann, E. Santiago Muiño), les systèmes économiques dominants, ou le modèle de la souveraineté étatique (P. Dardot, C. Laval, L. Arenas).

Camus expliquait déjà qu’ « une époque créatrice se définit par l’ordre d’un style appliqué au désordre d’un temps » : un temps qui nous impose aujourd’hui de substituer aux images (ou aux mirages) du monde « une vie dans le monde » (JL. Nancy), et à la philosophie et à la littérature contemporaines, de toucher terre, (re)devenir de véritables forces d’exploration du sensible, et de figuration de nos souffrances invisibles (« par excès de présence », comme l’écrit Sandra Lucbert), pour espérer devenir des « livres vivants » dotés d’une véritable « force projective » (N. Quintane) .

 

No escape. A l’instar du conte de Borges (« La rigueur de la science »), où des géographes rigoureux s’ingénient à dresser une carte de l’Empire coïncidant scrupuleusement avec son territoire, un modèle hégémonique de développement a fini par recouvrir le monde comme une seconde peau, indigente et bornée, s’imposant à tous, dont la rationalité et le cap ne souffriraient plus la moindre contestation dans nos sociétés contemporaines (B. Stiegler, 2020), enserrées dans un économisme ayant « colonisé toute notre activité », toutes nos institutions, et « effacé jusqu’aux traces d’une action qui ne serait pas production » (M. Potte-Bonneville, 2018). Une sorte de monde effrayant « sans bords ni extérieur » (F. Lordon), version ultime de ce « consensus du système » qu’analysait J.F. Lyotard au début des années 90, dans la fin de tout écart et de toute dissidence possible (celle de soi à soi-même), soit la fin de la pensée elle-même. Borges raconte que la carte qui recouvrait le territoire fut finalement déclarée inutile par les générations suivantes, qui n’en conservèrent aucune relique, et laissèrent se dessécher et pourrir ses derniers lambeaux dans les déserts du grand ouest. Prendre un peu d’avance sur la fin de ce conte fabuleux, tel pourrait bien être alors le véritable enjeu de ces « nouvelles batailles de l’imaginaire » qui, pour F. Lordon, doivent être menées dans le champ du concept, pour donner à voir et à imaginer ce que nous ne connaissons pas encore, et « laisser toutes leurs chances aux puissances de la vie humaine » (Figures du communisme). Ou encore faire de la fiction une véritable force de recomposition du réel, et une « plateforme des possibles », comme le suggère le romancier argentin J.I. Pisano. Tel est peut-être aussi le sens de certaines formes insolites ou récurrentes (comme le journal de bord de Barbara Stiegler, l’essai-poème de Nathalie Quintane, ou « lacronique » politique de Martín Caparrós), suscitant des interférences fécondes entre la philosophie (les sciences sociales) et la littérature, où se pensent et s’élaborent des textes en quête d’une efficace (critique et politique) nouvelle. Comme celle consistant à reconduire dans la littérature le geste borgésien de désarticuler la fiction du réel, défaire les plis discursifs de nos configurations socio-économiques (S. Lucbert), ou sonder l’épaisseur et la complexité du réel, et le grand « détournement de la matière du monde » (D. Robert). Autant de stratégies destinées à promouvoir « la force des faibles » (A. Fernádez-Savater), ressusciter la beauté des utopies de l’émancipation collective (D. et A. Frappier ; J. Andras), et construire un « désir de multitude » (J.M. Aragüés). mais aussi de tout ce que nous ne parvenons pas encore à désirer, et que nous devons (nous) donner à voir et à imaginer, comme le suggère depuis quelques temps déjà Frédéric Lordon (Les affects de la politique, 2016 ; Figures du communisme, 2021).

 

Corinne Ferrero.

  1. Aragüés.

 

Les propositions de communications pourront suivre les axes suivants (et en interférer allègrement les perspectives) :

 

  • Littérature-éthique-politique : exploration des nouvelles formes de la littérature contemporaine dans leur rapport au politique et au commun.
  • La littérature (la poésie, le théâtre) peuvent-elles être des outils de reconfiguration du réel ?
  • Exploration des forces politiques de la littérature, comment penser aujourd’hui des livres, ou des œuvres théâtrales, « socialement et symboliquement actifs » ? (N. Quintane).
  • Faire le réel (« hacer lo real »), exploration de nouvelles fabriques de narration mêlant l’enquête journalistique, l’essai, la performance artistique…
  • La littérature en ses affects et ses effets : les nouvelles « machines affectantes » (Lordon) de la littérature contemporaine, renouer avec la puissance des imaginaires de l’émancipation…
  • Littérature et écritures du réel, fiction et non-fiction (narrative non fiction), écrivains enquêteurs, l’art de la « crónica » et ses évolutions contemporaines…
  • Partages et interférences contemporaines des champs et domaines disciplinaires (philosophie, littérature, sciences sociales, histoire, journalisme) pour la constitution de nouveaux imaginaires sociaux (les reconfigurations du monde éditorial -français ou étranger- et des modes de diffusion pourront être explorés)
  • Repenser le commun : de la communauté désœuvrée à la pensée du singulier-pluriel (J.L. Nancy). Elargissements et relectures contemporaines d’un concept.
  • Critique(s) contemporaine(s) du néolibéralisme et politiques du commun
  • Les crises de notre temps et la crise du temps : est-il encore possible de penser le futur ? Quel est le rôle de l’imagination?
  • Les limites du monde: est-il possible d’éviter l’effondrement ? Vers un nouveau sens commun…

Ce colloque s’inscrit dans un projet de coopération transfrontalière entre l’Université des Pays de l’Adour et l’Université de Saragosse Pyren E2S (« Habiter le monde, refaire un monde »), et bénéficie du soutien du Fond commun Nouvelle aquitaine/Aragon, ainsi que du projet de recherche espagnol «Racionalidad económica, ecología política y globalización: hacia una nueva racionalidad cosmopolita» (PID2019-109252RB-I00).  Il s’adresse à des spécialistes de sciences sociales (philosophie, sociologie, économie) et humaines (littérature, théorie, critique), et pourra porter sur les champs hispaniques (Espagne et Amérique Latine) et français contemporains. Il est également ouvert à des propositions (et des performances) émanant d’auteurs, écrivains, poètes, enquêteurs, chroniqueurs et inventeurs de réel…

Les langues de communication de ce colloque international seront le français et l’espagnol. Les propositions de communication comporteront un titre, un résumé d’environ 300 mots, ainsi qu’une courte notice biographique. Elles sont à faire parvenir aux organisateurs au plus tard le 15 janvier 2022.

Contact organisateurs-rice-s :

Corinne Ferrero (UPPA) corinne.ferrero @ univ-pau.fr

Juan Manuel Aragüés (UNIZAR) aragues @ unizar.es

 

Télécharger l'appel à communications ( français) 

Télécharger l'appel à communications (espagnol) 

 

Bibliographie indicative.

Joseph Andras, Au loin le ciel du sud, Paris, Actes Sud, 2021.

Juan Manuel Aragüés Estragués, Deseo de multitud. Diferencia, antagonismo y política materialista, Valencia, Pre-Textos, 2018.

Luis Arenas Capitalismo cansado, Trotta, Madrid, 2021.

Paul Audi, Supériorité de l’éthique, Paris, Flammarion, 2007.

_ Créer. Introduction à l’esth/éthique, Paris, Verdier, 2010.

Jorge Luis Borges, Obras completas, t.II. 1952-1972., Barcelona, Emecé, 1989.

Albert Camus, L’homme révolté, Paris, Gallimard, 1951.

Martin Caparrós, Lacrónica, Buenos aires, Planeta, 2016.

  _ El hambre, Barcelona, Anagrama, 2014 (trad: La faim, Paris, Buchet Chastel, 2015)

Arturo Carrera, Ensayos murmurados, Buenos Aires, Mansalva, 2009

Cornelius Castoriadis, Une société à la dérive. Entretiens et débats 1974-1997, Paris, Seuil, 2005.

Pierre Dardot, Christian Laval, Dominer. Enquête sur la souveraineté de l’Etat en Occident, Paris La Découverte, 2020.

Johan Faerber, Après la littérature, Paris, PUF, 2018.

Amador Fernández Savater, Habitar y gobernar, NED ediciones, 2020.

Mickaël Foessel, Après la fin du monde. Critique de la raison apocalyptique, Paris, Seuil, 2019 [2012]

Jean Baptiste Fressoz et Fabien Locher, Les révoltes du ciel, une histoire du changement climatique XIXème-XXème siècle, Paris, Seuil, 2020.

Marina Garcés, Nueva ilustración radical, Anagrama, Barcelona, 2017.

Bruno Latour, Où atterrir ? Comment s’orienter en politique, Paris, La Découverte, 2017.

Frédéric Lordon, Les affects de la politique, Paris, Seuil, 2016.

 _ Figures du communisme, Paris, La Fabrique Editions, 2021.

Jean-François Lyotard, Le post-moderne expliqué aux enfants, Paris, Galilée, 1988.

  _ Moralités postmodernes, Paris, Galilée, 1993.

Désirée et Alain Frappier, Là où se termine la terre, Paris, Steinkis, 2017.

  _ Le temps des humbles, Paris, Steinkis, 2020.

Sandra Lucbert, Personne ne sort les fusils, Paris, Seuil, 2020.

Jean Luc Nancy, Le sens du monde, Paris, Galilée, 1993.

  _ La peau fragile du monde, Paris, Galilée, 2020.

Juan Ignacio Pisano, El último falcón sobre la tierra, Buenos Aires, Baltasara Editora, 2019.

Mathieu Potte-Bonneville, Recommencer, Paris, Verdier, 2018

Jorge Riechmann Informe a la subcomisión de Cuaternario, Árdora, Madrid, 2021

Nathalie Quintane, Les années 10, Paris, La Fabrique, 2014

  _ Un hamster à l’école, Paris, La Fabrique, 2021.

Jacques Rancière, Le partage du sensible, Paris, La Fabrique-éditions, 2000.

Denis Robert, Les relations humaines, Paris, Julliard, 2017.

Emilio Santiago Muiño Opción cero, Catarata, Madrid, 2017

Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient., Paris, La Découverte, 2013 [2009]

Barbara Stiegler, Il faut s’adapter, Paris, Gallimard, 2019.

_ Du cap aux grèves, Paris, Verdier, 2020.

Enzo Traverso, Mélancolie de gauche, Paris, La Découverte, 2016.

 

 

 

 

 

[1] Par exemple : Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Gauthier Chapelle, Une autre fin du monde est possible. Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre), Paris, Seuil, 2018.