Séminaire n° 2

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Séminaire n° 2 : Image et pouvoir - La construction de la vérité par l'image

  • 10h : Ouverture de la journée

    • Eliseo Serrano Martín (Directeur de la Faculté de Philosophie et de Lettres, Université de Zaragoza)
    • Carmen Peña Ardid (Coordinatrice territoriale RIVIC-Aragon)
    • Pascale Peyraga (Coordinatrice générale du RIVIC)

Première partie

  • Modératrice : Marie-Pierre Ramouche (Université de Perpignan Via Domitia)

  • 10h15 : Ángel Quintana (Universidad de Girona)

    • Représentations du pouvoir politique aux origines du cinéma

Résumé : Aux origines du cinéma, le désir de filmer la réalité se concentre souvent dans les actualités qui servent à créer un imaginaire de ce qui est digne d’être relaté et susceptible d’être considéré comme un événement. A cette époque, les actualités offrent une image du pouvoir à partir de la capture filmique des cérémonies et des actions publiques.

La conférence aura pour but d’examiner la relation que le cinéma instaure avec les formes du pouvoir en établissant une différence entre les monarchies européennes, où le rituel du pouvoir conserve une dimension cérémoniale et où la caméra n’est qu’un témoin de ces cérémonies, et le pouvoir présidentiel américain, où les caméras s’intègrent à la vie politique du moment.

  • 11h : Dardo Scavino (Université de Pau et des Pays de l´Adour)

    • Les images de la révolution en Amérique latine (1808‐1825)

Résumé : Le mouvement indépendantiste en Amérique latine a recours à une série d’images, d’emblèmes, de blasons, d’insignes pour illustrer les symboles des nouveaux états: le drapeau, le blason, les monnaies, etc. Ces icônes faisaient parfois allusion à la révolution française mais aussi à certains peuples indigènes, et mettent en évidence la relation ambiguë que la minorité créole entretint avec les populations autochtones. Nous nous proposons d’interpréter ces images comme des signes révélateurs de la narration créole de cette période historique. 

  • 11h30 : Débat - Pause

  • 12h15 : Isabelle Touton (Université Montaigne Bordeaux)

    o La représentation de la femme dans les images du « destape » et la persistance de son pouvoir structurant dans le roman Daniela Astor y la caja negra (2013), de Marta Sanz.

Résumé : Le roman Daniela Astor y la caja negra, de Marta Sanz (2013) propose une lecture des images du « destape » de la Transition comme une aliénation symbolique, aussi bien du corps de la femme que de la sexualité féminine et masculine, dont elle recherche les traces dans les programme de télévision et dans certaines pratiques d’internautes de nos jours. Elle le fait à partir de la vaste ekphrasis d’un documentaire fictif dont le metteur en scène est l’adolescente des années 70 présente dans la seconde partie du roman, dans un montage alterné. La voix off du documentaire, didactique et sociologique, souligne l’effet pervers de nombreux films du « destape » (à commencer par ceux de fantaterror, qui furent les premiers à introduire des scènes sexuelles) et de l’exhibition, sur les couvertures d’Interview, des muses de la Transition, des actrices ou des mannequins sublimes qui posaient nus et qui furent bien souvent des victimes directes du culte qu’on leur rendit alors. Elle est complétée par les descriptions du montage du documentaire, qui inclut un nombre important de ces œuvres. Dans la version électronique du film, une partie des images de l’époque (des extraits de films, des premières pages) peuvent être visualisées grâce à des liens internent qui conduisent soient vers des archives, soit vers les commentaires actuels d’internautes ou de blogueurs sur ce passé. Il s’agira de se demander dans quelle mesure le va-et-vient entre les images fragmentaires et commentées de l’époque (sur internet) et l’ekphrasis de celle-ci dans le roman, leur juxtaposition au fil d’un commentaire distancié, mais aussi la juxtaposition en contrepoint (le documentaire prend tout son sens à la lumière du récit fictif et la construction intime d’un personnage d’adolescente contemporain aux images), permet de dévoiler une certaine vérité qui diffère des conclusions du collectifs d’auteurs de CT ou culture de la Transition, laquelle, si elle propose une relecture dévastatrice de la culture apolitique de la Transition, estime que les questions de genre sont « CT »! Le roman met le doigt sur le pouvoir de ces images (leur discours et leur esthétique qui prétendait être émancipateurs) et les rend responsable d’une aliénation qui persiste encore aujourd’hui de façon inconsciente mais dont les conséquences néfastes sobre l’internalisation de l’image de la femme et la représentation intime et collective de l’hétérosexualité sont visibles dans l’Espagne actuelle, aussi bien à la télévision que sur internet.

  •   13h : Carmen Peña Ardid (Université de Zaragoza)

    • Images qui soumettent. La critique de Vindicación feminista (1976‐1979) face à l’imaginaire du « destape » pendant la Transition

Résumé : L’exploitation médiatique du corps (féminin) érotisé, qui proliféra pendant la Transition espagnole au cinéma, au théâtre et dans les revues illustrées sous le nom de « destape », fur accueillie favorablement dans de nombreux cercles progressistes ou simplement libéraux du pays. L’accès visuel (légitimé) à des nus féminins excitants fut identifié à une libération sexuelle, après de nombreuses années de répression franquiste, et fut considéré à la fois comme un symptôme et un agent de la conquête de libertés démocratiques.
Notre analyse vise à observer la condamnation de cet idéal depuis les pages de Vindicación feminista, un organe clef du féminisme espagnol de ces années, qui révéla le profond (hétéro)sexisme des manifestations du « destape », comme une forme supplémentaire de contrôle de la sexualité des femmes qui venait s’ajouter à la soumission sociale, juridique, médicale et religieuse d’un ordre franquiste encore en vigueur. Loin de la censure morale, leur analyse met l’accent sur l’exhibition de corps féminins entrant dans un continuum sexiste où la culture patriarcale de l’occident étend son pouvoir des images publicitaires de la beauté à celle de la pornographie.

Seconde partie

  • Moderatrice: Ana García Varas (Université de Zaragoza)

  • 16h30 : Enrique Mora (Université de Zaragoza)

    • Relectures symboliques de l’image traditionnelle hispanique : famille, religion et folklore populaire dans les œuvres filmique de Pedro Almodovar.

Résumé : Le cinéma de Pedro Almodovar des années 80, décennie de consolidation du régime démocratique en Espagne, a été fréquemment accusé d’apolitique parce qu’il se refusait à représenter le passé de la dictature franquiste. Notre analyse vise à démontrer comment, en réalité, son cinéma propose une re-iconisation systématique et profonde des images que le franquisme avait séquestrées pour légitimer symboliquement son pouvoir.
Nous nous concentrerons tout spécialement sur les images de la famille, de la maitresse de maison, de la religion et de la charité, de la tauromachie et du folklore musical, utilisés par le régime dictatorial par le biais de la propagande, du cinéma et de la publicité. Nous analyserons, de façon comparative, la façon dont Almodovar intègre ces images dans son cinéma pour les subvertir, les décontextualiser, et les doter d’un nouveau sens symbolique dans un contexte démocratique, égalitaire et non patriarcal, adapté à la nouvelle société politique. Ainsi le mécanisme de re-iconification correspond-il à une opération politique intense, qui a pour objet de dessiner la nouvelle identité nationale post-dictatoriale et démocratique, de doter d’une nouvelle sémantique cette iconographie symbolique, qui avait été séquestrée par l’« image-vérité » du franquisme. Par ailleurs, en tant que support narratif de ces images, le cinéma d’Almodovar donne une nouvelle formulation à des genres littéraires appartenant à la tradition populaire hispanique comme le sainete, la picaresque, le feuilleton et l’esperpento, une tradition qui avait déjà été explorée par Buñuel et Filmófono pendant le République, et par le cinéma espagnol néoréaliste (Azcona, Berlanga, Bardem, Fernán Gómez), mais qui avait été oubliée et écartée par le Nouveau Cinéma Espagnol de Saura, Camus, Erice ou Martín Patino, ainsi que par le cinéma « littéraire » des années 80, produit sous la protection de la Loi Miró. Dans un contexte de transition politique, Almodovar fait appel à la tradition hispanique populaire pour déconstruire l’iconographie du pouvoir franquiste et doter cette imaginaire symbolique d’un sens nouveau.

  • 17h00 : Victoria Pérez Royo (Université de Zaragoza)

    • Histoire de l’art au génitif subjectif. Déstabilisation de l’ordre du discours par l’image scénique.

Résumé : Je me propose ici d’aborder la scène expérimentale dans la perspective de la capacité disruptive et subversive de son discours. Des œuvres comme celles de Boris Charmatz, Janez Jansa ou Xavier Le Roy interrogent des concepts, des outils et des procédés propres aux pratiques historiographiques habituelles à travers la création de formes de connaissance absolument singulières et basées sur le corps. Si l’on assume ces défis posés depuis les marges du savoir, l’on pourrait penser à une altération radicale des relations savoir-pouvoir et à la configuration d’alliances très productives dans les domaines des arts et humanités. Afin d’articuler ces réflexions, nous aurons recours aux outils conceptuels de l’image dialectique de Benjamin, de l’image multistable de John Thomas Mitchell et de l’image survivante de Didi-Huberman.

  • 17h30 : Cristina Giménez Navarro (Université de Zaragoza)

    • L’intemporalité des images. Répétition, resignification et nouveaux rythmes critiques.

Résumé : Visiter et « resignifier » le Baroque est un des buts de la production de Bernardo Roig et de Victor Mira au sein de la tendance néobaroque développée dans les années 80 du XXe siècle. Resignifier et désacraliser les symboles et les iconographies du pouvoir qui influences encore notre société. Provoquer pour inciter à la réflexion et adopter des postures claires et critiques par rapport à des persistances inutiles et vides de sens à notre époque mais qui conservent le désir de dicter des normes et d’entretenir ces permanences. Bernardo Roig le fait par l’intermédiaire de la peinture et par le recours à des espaces muséistiques (le musée de la sculpture de Valladolid) dans lesquels ses créations coexistent dans l’espace d’une institution dédiée à exposer une imagerie baroque et religieuses qu’elles modifient.